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Jan 09,
2007
HELP
: un modèle de projet de développement rural
Par
Thomas Lalime
thomaslalime@lematinhaiti.com |
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| M.
Ludovic Brutus, l'un des inspirateurs de
HELP. |
Le Dr Michel
Henry Brutus
le déclare sans ambages : « Je suis
un agent de développement ». Le fondateur et
directeur général de la HELP (Health, Education,
Learning Ressources Projects) – organisation à
but non lucratif œuvrant dans la localité de
Vaudreuil – voit en ce concept quelqu’un qui
veut contribuer au développement de son pays, ce
qui implique la prise en compte de toute une série
de domaines intimement liés. Chacun de ces
domaines fait l’objet d’une attention spéciale
de la part du Dr Brutus : la santé, l’éducation,
l’agriculture, l’écotourisme, l’eau potable
et la protection de l’environnement. Le Dr
Brutus mise beaucoup sur l’éducation particulièrement
l’éducation civique et sanitaire, car, admet-il,
prévenir vaut mieux que guérir et une population
éduquée est plus apte à promouvoir
l’agriculture, l’écotourisme et la protection
de l’environnement.
La passion d’aider
Le Dr Brutus trouve sa motivation dans l’idéal
de son père qui lui a appris dès son jeune âge
que plus on aide, plus on reçoit. Il a choisi de
marcher sur les pas de son père, le nonagénaire
Ludovic Brutus, ancien directeur de la Hasco de la
zone du Culte-de-Sac. Le fondateur de HELP se dit
fier de poursuivre l’œuvre de son père duquel
il hérite le premier bâtiment qui loge
l’organisation. Et comme pour pérenniser cette
philosophie d’entraide, il dédie l’un des bâtiments
à son père qui fête son 94e anniversaire le 12
janvier 2007 : le pavillon Ludovic Brutus.
Le Dr Brutus garde surtout à l’esprit deux
moments important de sa vie : son passage au
Costa-Rica où il a fait des études post-graduées
en santé communautaire à l’Université San
Jose et sa rencontre avec le Dr Edith Irby Jones,
la première femme noire graduée en médecine
dans le Sud des États-Unis à la faculté de Médecine
de l’Université d’Arkansas.
Le Costa-Rica, indique t-il, est considéré comme
la Suisse de l’Amérique centrale, un pays
socialiste modèle. Chaque Costa- ricain vit avec
cette fierté dans l’âme, partout où il passe.
Il se sent citoyen du monde. le Dr Brutus partage
avec le Costariciens ce sentiment d’universalité.
« Je ne fais pas de différence de classe. Je
peux aider tout le monde dans n’importe quel
domaine de mes aptitudes », lâche-t-il d’un
air sincère. Le préjugé, poursuit-il, peut être
remarqué d’un simple coup d’œil du vis-à-vis.
L’expérience
du Dr Brutus avec le Dr Edith Irby Jones ne quitte
jamais sa mémoire. Le Dr Jones présidait une
commission d’évaluation des besoins haïtiens
en soins de santé à laquelle participait le Dr
Brutus, 18 ans après avoir laissé le pays au même
âge afin de poursuivre ses études à
l’Université de Veracruz au Mexique. Le Dr
Brutus se souvient être tombé des nues en
constatant l’état de dégradation du pays. Le
Dr Jones ne pouvait contenir ses larmes mais
trouvait quand même les ressources nécessaires
à consoler le cœur meurtri du Dr Brutus. Les
deux docteurs prirent conscience qu’il fallait
faire quelque chose pour le pays délabré. De là
est venue l’idée de devenir un agent de développement
et de la matérialisation de cette idée est née
HELP. En signe de gratitude, l’un des bâtiments
est dédié au Dr Jones.
HELP, vingt ans déjà
L’organisation à but non lucratif HELP est fondée
à Boston à Massachusetts aux États-Unis en
1986. Elle est établie en Haïti, à Vaudreuil,
une communauté située non loin de la
Croix-des-Bouquets depuis 1992.
le Dr Brutus se réjouit
d’avoir rendu accessibles les soins sanitaires
aux paysans de Vaudreuil et des localités
environnantes notamment les communes de la
Croix-des- Bouquets, de Ganthier, de Fonds-
Parisien, de Thomazeau voire des citadins de la
capitale. Quinze ans après l’implantation de la
HELP à Vaudreuil, les retombées sont palpables,
explique le Dr Brutus. Car, près d’une centaine
d’emplois ont été créés, le centre
hospitalier, réputé pour sa spécialité en
chirurgie de cataracte et la santé communautaire,
fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, un
centre pédiatrique bien équipé et les habitants
bénéficient de toute une gamme de biens et
services. La satisfaction du fondateur de la Help
est d’autant plus grande qu’il vient de mettre
à la disposition des cultivateurs une pompe qui
sert à l’irrigation des champs. Le Dr Brutus
imprègne la vie des paysans sans pourtant épouser
leur mode de vie puisque, précise-t-il, il leur
faut des modèles. Ainsi, se fait-il membre de
Kaderev : le Comité agricole de développement et
de reboisement de Vaudreuil qui est une coopérative
agricole fille de la HELP. Au sein du comité, il
est le seul propriétaire, jouant le rôle
d’encadreur et de catalyseur des autres membres
agriculteurs. Il exerce dans la zone un leadership
de proximité. Il gère les conflits locaux et
interrégionaux, mobilise les ressources financières
et humaines pour concrétiser les objectifs de
l’organisation.
Au cours d’un entretien avec le Dr Brutus, il
vous parle, à coup sûr, de communication et de
leadership, deux concepts qui résument bien la
philosophie du mouvement Toasmasters
international. Le Dr Brutus, l’un des
Toasmasters les plus chevronnés en Haïti, répand
le mouvement en créant des clubs Toasmasters et
en incitant le plus grand nombre de compatriotes
à y prendre part. Ce, dans le but d’aider à
combler le déficit en art oratoire très souvent
constaté dans les milieux professionnels haïtiens
et de contribuer à l’exercice d’un leadership
responsable en Haïti.
Un choix irréversible
Il se sent tout à fait à l’aise dans cet
environnement et il ne regrette pas avoir abandonné
son confort bostonien pour venir s’implanter en
Haïti. « Ce choix est irréversible »,
avoue-t-il. Et il s’explique : « l’argent,
c’est de l’énergie mais la vraie richesse réside
dans l’aide qu’on donne à ses semblables. Et
la grandeur d’un homme ne se mesure pas à
l’aune de la richesse matérielle mais plutôt
au nombre d’obstacles surmontés pour parvenir
à la réalisation de ses rêves». Les opportunités
qu’il pourrait trouver ailleurs seraient matérielles,
se réconforte-t-il. Et pour trouver de l’énergie
nécessaire à confronter les obstacles, il
traduit en créole et placarde au mur de son
bureau la pensée de Charles Haddon Spurgeon : «
Fè tout byen ou kapab, tout kote w kapab, tout
jan ou kapab, pou tout moun ou kapab, jouktan w pa
kapab ankò ». Le Dr Brutus trouve dans ce credo
toute la force nécessaire pour affronter les
moments les plus difficiles tels que l’embargo,
l’insécurité et plus récemment encore le
kidnapping des proches de sa famille. Il se montre
très reconnaissant envers ses partenaires sans
qui, il serait difficile pour lui de réaliser ses
rêves. Il cite, en autres, Plan Haïti qui a
accepté dès le départ d’apporter sa
contribution au programme de la HELP et à son
renforcement institutionnel.
Le Dr Brutus a réalisé une maîtrise en gestion
hospitalière de l’Université de Harvard. Il
croit que le modèle HELP prêche de par lui-même.
« J’ai été aidé dans ma vie notamment par le
docteur Jones, je veux continuer à aider »,
avise-t-il. Loin de lui toute velléité de faire
de la politique active, encore moins de la
politique haïtienne. La raison est simple : « La
politique, comme elle se fait en Haïti, m’empêchera
de réaliser mes projets ». Il admet qu’il est
très difficile de conseiller à quelqu’un de
son profil notamment de la diaspora de venir
s’implanter en Haïti. C’est le sentiment et
la conviction qui doivent dicter les actions à
entreprendre. Car, il a des frères et sœurs et
son fils qui ne veulent pas rentrer en Haïti.
Mais, précise-t-il, on n’a pas besoin d’être
sur le terrain pour aider. On peut le faire à
partir des structures crédibles et tangibles
existantes en y apportant des contributions
financières, matérielles et intellectuelles.
mardi 9 janvier 2007
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